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à propos de l'esclavage
avertissement 2 : Avant le XVIème siècle l'Afrique Noire ne connaissait pas l'esclavage en tant que système d'exploitation comme ce fut le cas en Méditerranée dans l'Antiquité . Ce n'est que très exceptionnellement qu'une main-d'oeuvre servile fut utilisée dans de grandes exploitations agricoles. Le « statut » des captifs étaient par ailleurs très différent de celui de leurs homologues de l'Antiquité méditerranéenne classique. Le plus souvent ils étaient assimilés dans la famille élargie, du moins l'enfant d'esclave. Celui-ci pouvait être traité à égalité à l'exception du droit à l'héritage du maître. Chez certains peuples africains, le captif pouvait bénéficier d'une case, de terres, et de droits étendus. L'esclave était rarement destiné à la vente, sauf s'il faisait preuve de « mauvaises dispositions ». Ainsi dans l'ancien Royaume du Dahomey, les enfants d'esclaves appartenant aux particuliers étaient libres et incorporés à la famille du maître. Les tribus Fon soumises à l'autorité du roi ne pouvaient pas faire des captifs de guerre leurs esclaves, car du fait de leurs obligations militaires, « leurs captifs » appartenaient exclusivement au roi. Tout en en conservant la propriété, le roi pouvait cependant les concéder à ses sujets. La réduction en esclavage pour crimes ou fautes graves y était rare voir inconcevable : le Dahoméen était par définition "inaléniable", le châtiment consistait à une sorte de mort civile, "Ouêmêsi", la famille étendue était dispersée mais non réduite à l'esclavage. Quant à l'agriculture utilisant une main-d'oeuvre servile à grande échelle, elle ne semble avoir été pratiquée que tardivement au Dahomey, pour utiliser les captifs devenus inexportables du fait du déclin de la traite, c'est-à-dire bien après le XVI ème siècle ! Les chroniqueurs arabes rapportent qu'ils ne trouvaient des esclaves que dans les grandes villes, chez le peu de commerçants riches, dans l'Afrique saharienne. Signalons par ailleurs que les puissances méditéranéennes -comme l'empire Ottoman ou plus loin, dans la haute Antiquité en Egypte- satisfaisaient leurs besoins en esclaves en traitant avec les peuples "barbares" de l'Europe de l'Est, les Slaves ! Ainsi, tant que le commerce extérieur de l'Afrique Noire se limitait pour l'essentiel à l'échange d'or contre du sel, la vente des captifs de guerre en tant qu'esclaves restait elle aussi réduite. La structure des sociétés africaines, avant l'arrivée européenne et la traite, pourrait s'apparenter pour simplifier à celle d'une société féodale, avec des tribus suzeraines et d'autres vassales : mais cette comparaison sommaire ne vaut que pour imager les rapports sociaux. En effet que dire, par exemple, de la propriété privée des "terres agricoles"?... Il faut aussi souligner la relative stabilité des sociétés : les exigences commerciales modestes n'incitaient pas ou peu aux guerres de razzias. Les classes privilégiées ne consommaient guère plus que leurs sujets et la discipline clanique suffisait à obtenir les tributs exigés des sujets et des vassaux. Le besoin de disposer d'une force répressive et de l'entretenir était donc exceptionnel ou réduit. Une comparaison de l'histoire des empires africains avec l'histoire de l'Europe, pendant la même période, révèle que l'instabilité et le chaos étaient plutôt du côté de l'Europe : voir la longévité des grands Etats de Ghâna, du IIIè siècle au XVIè siècle, du Mali (trois siècles), l'empire Sonrhaï de Gao (deux siècles), les royaumes Mossi (plus de cinq cents ans). L'instabilité politique apparait seulement à partir des XVè et XVI siècles, elle facilitera les conquêtes coloniales. L'arrivée des européens, au XVème siècle, mais surtout à partir des XVIè et XVIIème siècles, va bouleverser ces sociétés. L'échange de "captifs" contre des marchandises de pacotilles, et surtout contre des armes, provoque un appétit inconnu jusqu'alors. Les petits royaumes côtiers de l'Afrique découvrent subitement une puissance de feu que les grands empires africains de l'intérieur du continent ne possèdent pas ou très peu : empire du Bornou -lac Tchad-, Royaumes Mossi-vallée du Niger-, empire du Mali, etc. La faiblesse initiale des petits rois côtiers, les rend sensibles aux "offres" des européens, des portugais d'abord. Suite à la découverte du nouveau monde, et à l'extermination des indiens, les européens avaient besoin d'une nouvelle main-d'oeuvre servile... Leurs exigences "commerciales" précipitent donc ces petits rois dans la recherche de "captifs", avec d'autant plus d'efficacité qu'ils sont de plus en plus armés. D'où l'organisation de véritables razzias vers l'intérieur du continent. Le "commerce" avec les européens n'a pas les vertus économiques stimulantes pour la production, pour susciter un développement matériel. Bien au contraire : en échange de marchandises, il n'était plus exigé de poivre, d'ivoire ou d'or, mais des hommes, leur force de travail. Le signe de la richesse c'est le nombre de captifs-esclaves, l'industrie la plus fructueuse devient la guerre, la chasse à l'homme. Plus ce commerce se développe, plus l'Afrique sombre, se saigne de ses forces vitales. Les communautés agricoles s'appauvrissent, les royaumes et les empires font peu à peu place à des tyrannies éphémères et à l'émiettement. Sauf pour le Royaume du Dahomey qui est né de la traite au XVIIème siècle, et se maintient par la traite mais aux dépens des Etats voisins. L'organisation des Etats autour des clans et des tribus fait place à une organisation territoriale. La famille élargie se décompose : la gestion des biens collectifs se transmet de moins en moins en ligne collatérale (les biens allaient aussi au frère ou au neveu), mais du père au fils. Son éclatement se généralisera avec la colonisation. Et la situation des femmes africaines, qui disposaient jusqu'alors d'une relative autonomie et d'une individualité sans équivalents en Europe, va se rapprocher de plus en plus de l'esclavage. Ces bouleversements trouvent également écho dans la pensée africaine traditionnelle, dans les croyances animistes et les religions. L'Islam rayonnait dans certaines grandes villes au moyen-âge. Tombouctou comptait parmi les grands centres de la pensée islamique : son université enseignait la théologie, les mathématiques, l'astronomie... Mais suite aux mises à sac lors de la conquête coloniale, il ne reste que peu de vestiges écrits des oeuvres de plus d'une centaine de poètes, juristes, mathématiciens originaires de Tombouctou. La déstabilisation des vieilles stuctures sociales africaines va faciliter l'expansion de l'Islam. La "méfiance" des colonisateurs européens vis-à-vis de l'Islam va "paradoxalement" contribuer à son expansion en profondeur. Les confessions chrétiennes ne font guère d'adeptes chez les peuples animistes, sauf dans les zones littorales (dont le Dahomey-Bénin), points de départ de la colonisation et des missions. Plus fondamentalement, "dans les religions paléo-africaines, il existe une entité suprême ; mais elle apparaît rarement comme un être exclusif et omnipotent... après avoir créé un univers brut...cette entité primordiale s'efface et laisse les soucis de gouvernement aux divinités secondaires issues de sa propre substance" (B. Holas : "l'Afrique Noire" ; collection Religions du Monde ; Paris, Bloud et Gay, 1965). "L'antinomie radicale entre un monde naturel soumis à des lois connaissables, et un monde surnaturel, domaine du mystère et de l'arbitraire divin, caractéristiques des conceptions religieuses occidentales classiques, est absolument étrangère à la pensée africaine traditionnelle. Celle-ci au contraire postule l'unité profonde du monde réel...En y incluant donc tout ce que la culture occidentale considère comme surnaturel, cette pensée africaine traditionnelle se situe en deça de la scission entre science et religion" (Jean Suret-Canale : "Afrique Noire : géographie, civilisations, histoire" ; Editions Sociales, 1973). La dissolution des cadres sociaux traditionnels va livrer l'individu à lui-même, et cet isolement offrira un terrain aux religions universalistes et monothéistes qui ont progressé avec le "commerce" et seront portées en amérique, non sans subir parfois quelques "transformations" syncrétiques (le vaudou en particulier). Jusqu'au XVIè siècle l'Afrique suivait son propre développement, les grands empires constitués pouvaient en maints domaines soutenir la comparaison avec l'europe occidentale. Les contacts avec l'extérieur, en particulier avec les arabes, avaient des effets plutôt positifs. Les ciconstances historiques des "relations" avec l'Europe ont au contraire stoppé et saigné les forces vives de l'Afrique. L'expansion de l'économie marchande occidentale au XVe siècle rend l'Europe apte à assimiler et développer de nouveaux progrès technologiques, en provenance notamment des civilisations arabe et chinoise : armes à feu, boussole, imprimerie, mathématiques, astronomie... L'avènement de l'industrie casse peu à peu la société féodale européenne, ruine ou exproprie le petit paysan... Et les grandes découvertes de la fin du XVè siècle (l'Amérique) jouent un rôle essentiel : les populations noires payèrent un lourd tribut à l'extermination des indiens d'amérique eux-mêmes réduits en esclavage. Les populations autochtones des Antilles, de certains secteurs de l'amérique centrale et du sud furent presque totalement exterminées. ("Les barbaries et les atrocités exécrables perpétrées par les races soi-disant chrétiennes dans toutes les régions du monde et contre tous les peuples qu'elles ont pu subjuguer n'ont de parallèle dans aucune autre ère de l'histoire universelle, chez aucune autre race si sauvage, si grossière, si impitoyable, si éhontée qu'elle fût" dixit W. Howitt : Colonisation et Christianisme, Londres, 1838 !!! qu'aurait écrit ce bourgeois anglais très puritain pour stigmatiser le XXè siècle ?). Les Noirs remplacèrent les autochtones disparus. Ils avaient les habitudes et les pratiques convenant à l'agriculture tropicale. Comment apprécier l'importance de la saignée subie par l'Afrique noire ? En termes démographiques la population noire actuelle sur le continent américain ne suffit pas à l'évaluer correctement. Les données statistiques sur l'importance de la traite sont très fragmentaires, Jean Suret-Canale rapporte que : "le père Rinchon estime le nombre de transportés à 13 250 000 pour les seuls congolais. Du Bois estime les estime à 900 000 au XVIe siècle ; 2 750 000 au XVIIè ; 7 millions au XVIIIè et 4 au XIXè : soit 15 millions en tout. Ch de la Roncière évalue leur nombre total à 20 millions. 15 à 20 millions semble l'évaluation la plus communément admise". Mais à ces données, il convient d'ajouter le nombre sans doute plus considérable des autres victimes de la traite : les tués aux cours des razzias, des guerres, ceux au cours des longues marches vers la mer, et les morts en mer. Du Bois estime que pour un esclave parvenu en Amérique, il faut compter cinq hommes tués en Afrique ou morts en mer. Il faut aussi considérer que la traite a porté sur les individus les plus vigoureux de la population. Alors que la population du globe était en rapide expansion, celle de l'Afrique est restée stagnante, son poids relatif dans l'ensemble du monde s'est considérablement réduit. Rappelons que l'esclavage, son commerce, ne constituait aucunement une pratique habituelle ou traditionnelle en Afrique. Il y eut des esclaves noirs dans le monde arabe, mais ce trafic était largement inférieur aux esclaves en provenance d'Europe : les chrétiens alimentaient les arabes en "infidèles germains ou slaves païens". Venise avait la spécialité de fabriquer des eunuques, Slaves de l'Adriatique, à destination des pays arabes. Toutefois ce commerce n'avait pas l'ampleur de la traite des noirs pour les Amériques : il s'agissait essentiellement d'approvisionner les harems et les grandes maisons en personnel domestique. Des empereurs du Mali avaient parmi leurs pages des esclaves blancs achetés en Egypte. La traite des esclaves d'Afrique en direction des pays arabes n'a pas laissé de traces dans le peuplement, elle prit de l'ampleur sur la côte orientale africaine, pour les plantations, lorsque les arabes remplacèrent les portugais : à Zanzibar il se négociait environs 15 000 esclaves par an. Selon H. Brunschwig ("histoire, passé et frustration en Afrique noire" Annales E.S.C. 1962) "l'ancienne traite asiatique ou transaharienne, quelle qu'ait été son importance, semble avoir fait figure d'émigration au compte-gouttes, comparée au courant régulier et continu qui entraîna pendant plus de trois siècles les Africains vers les Amériques". La traite paralysa le développement de l'Afrique noire, par la perte des ses forces les plus dynamiques, et par ses conséquences économiques et politiques. En échange d'esclaves, l'Europe ne livra que des marchandises de pacotilles et des armes à feu...qui facilitèrent la chasse aux esclaves par les africains eux-mêmes ! Ces armes les transformaient en "collaborateurs" de leur propre ruine. L'activité la plus productive pour l'africain...armé, était la guerre, la chasse à l'homme, au risque de devenir captif si la "chance" tournait. Les razzias, la misère et la famine devinrent des caractéristiques de l'Afrique, au seul bénéfice de quelques européens, négriers et armateurs (pour la France : de Nantes et de Bordeaux), et de l'Amérique... L'abolition de l'esclavage est devenue nécessaire au XIXè siècle pour satisfaire aux nouvelles exigences économiques de l'ère industrielle occidentale. Pour l'Afrique, l'époque de la colonisation commençait !
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